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Vintage et Nouveau Luxe - Les Pièces iconiques de l’histoire de la mode peuvent-elles devenir le vestiaire luxe de demain ?

Information générale

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11/12/2020


Chers alumni, 

 

Nous sommes très heureux de partager avec vous la synthèse de la table ronde du mardi 3 novembre dernier « Vintage et Nouveau Luxe - Les Pièces iconiques de l’histoire de la mode peuvent-elles devenir le vestiaire luxe de demain ? »


Estelle Dupuis, ancienne du programme IFM Entrepreneurs est la fondatrice de FHOND ( Fashion Héritage en Demand). 

A son initiative et avec sa modération, nous avons eu le plaisir d'organiser dans le cadre de la programmation du Club IFM Alumni Sustainability & Fashion  une première table ronde d'exception pour cette rentrée 2020.

"All department stores will become museums and all museums will become department store." proclamait Andy Warhol en 1975. Une vision qui frappe par sa contemporanéité, et dans laquelle les pièces vintage d’exception trouvent pleinement leur place, au croisement et de la mode et des savoir faire avec le monde de l’art et de la création, dans une inspiration, excitation, et perfection créatrice commune.


Porté par l’engouement pour le commerce de seconde main, le vêtement vintage d’exception bénéficie-t-il, néanmoins, d’une perception juste de la part de la clientèle, et de la reconnaissance à laquelle il pourrait prétendre ?  Entre style, mode, inspiration, conservation et business, ce sont tous ces chemins que nous nous avons exploré avec nos invités :


Pénélope Blanckaert (IFM Alumni 2004) : Experte et consultante Mode XXème & XXIème siècles


Marie Blanchet : Co-fondatrice de « Mon Vintage » ( anciennement CEO de William Vintage et Head of Vintage à Vestiaire Collective)


Alexandre Samson : Conservateur haute couture (Collections à partir de 1947) et création contemporaine au Musée Galliera




ED Bonjour à tous, Merci de votre participation ce matin. En préparant la table ronde, j’entendais pièce iconique de l’histoire de la mode par pièce vintage. Mais ce n’est en fait pas toujours le cas, comme vous pouvez nous en parler Alexandre, puisqu’une partie votre travail en quelque sorte est de repérer ces pièces iconiques contemporaines. 


AS : Pour pouvoir repérer des pièces iconiques, il faut en effet un temps de recul. Actuellement nous commençons à bien comprendre les mouvements des années 90. Nicolas Ghesquière et Alexander McQueen ont artistiquement influencé leur époque, mais d’autres créateurs ont aussi beaucoup marqué la rue au même moment. Les courants sont très multiples et parfois se contredisent avec des grandes différences entre les créateurs. Le temps aide à mieux distinguer les grandes lignes.

Mon travail ne consiste pas à prendre des paris sur l’avenir mais à prélever dans le contemporain des témoignages créatifs forts d’aujourd’hui, des pièces révélatrices du parcours de mode d’une grande maison ou représentatives d’un mouvement stylistique. 

Compte tenu de l’évolution de notre vie depuis le début de la crise sanitaire que nous traversons, on peut se préparer à de forts changements. Mais il est encore trop tôt pour tenir des observations très fiables. Il faudra attendre que nous retrouvions une période plus calme, une fois passée cette période de grands bouleversements.


ED Dans les pièces iconiques de l’histoire de la mode il y a aussi la question de la rareté bien sûr. Qu’est-ce qu’une pièce rare, une pièce griffée, une pièce chère ?


PB La rareté se définit selon les époques. En vente aux enchères la mode d’avant-guerre était encore assez présente il y a 15 ans. Aujourd’hui on trouve encore des pièces années 70. La rareté évolue de génération en génération. Et puis petit à petit elle est aussi liée au passage de ces pièces des familles vers les collections des musées.

On peut aussi noter que les pièces des débuts des designers sont souvent assez rares car recherchées pour l’impact qu’elles ont eu sur leur époque. Ceci d’autant plus que ces premières collections sont souvent produites en petites quantités. 


MB Les toutes dernières collections ont aussi une place très particulière par rapport à l’ensemble de la création d’un designer. On peut faire référence à Alexander McQueen par exemple. Et puis certains créateurs ont brulé leurs archives. Ou bien ils n’ont pas produit l’ensemble des pièces qu'ils ont conçues. Ce qui rend les pièces existantes infiniment précieuses. 

On peut aussi penser au travail très marquant réalisé sur quelques saisons par des couturiers au sein de différentes maisons. Citons les collections d’Yves Saint Laurent pour Dior ou au travail de Raf Simons toujours chez Dior.

Et puis …sans produire directement la rareté ni porter en elle même toute l'émotion , nous pouvons nous accorder sur le principe que la griffe apporte tout de même une valeur supplémentaire à la pièce.


ED La patrimonisation des marques semble assez récente. Les maisons investissent pour racheter leurs anciennes collections, mettent en scène leur histoire au travers d’expositions. Pensez-vous que cette nouvelle dynamique peut changer la question de la valorisation des pièces vintage. 


AS Les grandes maisons font de grandes expositions pour mettre en valeur leur capacité à dépasser les moments historiques ou économiques difficiles. Il s'agit moins de valoriser des pièces vintage que d'une démarche qui permet de formidablement bien raconter l’histoire de la maison et de rassurer les clients sur la stabilité, la pérennité de la marque.


ED Concernant les expositions, les liens entre l’art et la mode vintage semblent être de plus en plus valorisés. L’aspect curatorial joue aujourd’hui un rôle de premier plan (pensons par exemple à Olivier  Saillard chez Weston, à Kim Jones directeur artistique de Dior homme invité à mettre en scène des ventes d’art contemporain pour Sotheby’’s). Pensez-vous que cette « prophétie » d’Andy Warhol puisse devenir réalité ? "All department stores will become museums and all museums will become department stores A Warhol." 1975.


AS La citation de d’Andy Warhol est très liée à son époque, au mouvement Pop Art dont Warhol a été un acteur majeur. Mais il est temps de se rendre compte que l’Art a toujours été un marché. Rodin était son meilleur vendeur. La question est-elle de savoir si la Mode est un Art… Accordons nous pour dire que la Mode est déjà une industrie et un marché qui révèle les pratiques d’une époque tout en portant des expressions artistiques propres.

Et puis il se peut que le marché de la mode ait été très précurseur sur celui de l’art dans sa relation assumée à sa commercialisation. Les acteurs de la Mode intègrent en effet directement les aspects économiques dans leur démarche de développement créatif. 

Pour répondre à Andy Warhol, pensons encore à l’exposition en 1983 d’YSL au MET qui a fait scandale car elle consacrait l’expression de Mode comme une expression artistique en tant que telle.


ED Penelope, vous dites que le vintage est une mode vivante et qu’à contrario un vêtement de Poiret ne serait pas portable car trop fragile. Mais, et là je suis volontairement un peu provocante : ne peut-on pas imaginer que l’ultime du luxe soit de porter un vêtement une fois ? Après tout, les vêtements de fast fashion ne sont pas portés beaucoup plus avant d’être jetés.


PB Auparavant, les femmes se changeaient jusqu’à plusieurs fois par jour. Aujourd’hui même pour aller à l’Opéra on peut porter un jean. Et puis Il serait probablement un peu criminel ou inadapté en effet de porter des pièces d’avant-guerre qui serait trop peu pratiques, ou trop fragiles …

Le Vintage est  surtout vivant aujourd’hui chez les  jeunes gens qui veulent s’habiller en Vintage ou Seconde Main et composent avec une offre tout à fait pyramidale : 

- Sa base correspondrait à des pièces de seconde main très accessibles (vinted, Imparfaite ...)

- Son cœur serait occupé par les sites de ventes de marques plus haut de gamme (Vestiaire Collective, Collector Square, The RealReal ...)

- Sa pointe correspondrait au patrimonial et vintage - stylistiquement plus exigeant peut-être (ventes aux enchères, Byronesque etc ...)


Pour les amateurs de Vintage, les motivations économiques et éthiques sont supplantées par la recherche stylistique. Le Vintage convoqué dans une tenue comporte une prise de risque. Il s’agit de manipuler les proportions, les matières et les couleurs de ces vêtements pour les associer à des pièces d’autres époques y compris plus contemporaines. C’est un moyen d’expression. La liberté, l’audace avec laquelle les amateurs s’émancipent ainsi d’un revival ou d'une forme de déguisement est formidable. Ces amateurs de Vintage s’approprient les pièces anciennes et les remettent en scène dans une proposition de mode parfaitement originale. La naissance du style nait à ces moments là quand nous commençons à nous amuser et à créer de la Mode avec la Mode.


ED Selon vous quelles pièces devraient rester dans la rue et quelles autres doivent aller au musée ? Quand une pièce est très belle et rare, a-t-on le devoir de la confier à un musée ?


MB La même pièce achetée peut se trouver encadrée et accrochée au mur d’une cliente alors qu’une autre cliente aurait peut-être choisi de la porter. Les deux démarches sont tout à fait acceptables. Et puis certains tissus et confections anciennes peuvent très solides, très durables, et on peut vraiment les porter longtemps.


AS Les vêtements de soirée au contraire n’ont pas nécessairement été conçus pour durer mais parfois pour 

être portés seulement quelques heures. Les tissus chargés en plomb que l’on a utilisé au 19ème siècle et jusqu’au milieu des années 50 tombent aujourd’hui en poussière. A l’époque, pour pouvoir vendre les tissus plus cher, les teintures contenaient des composants lourds de plombs qui aujourd’hui rongent le tissu. Les vêtements en polymère de vinyle de la collection 1995 « Wild and Lethal Trash » de  Walter Van Beirendonck sont aussi aux aussi fragilisés par exemple. Les matières en Mode sont rarement choisies pour que le vêtement puisse être conservé. Le vêtement de travail ou vêtement liturgique se conserve au contraire beaucoup mieux car il a été pensé pour durer. Ils sont fréquemment réalisés dans des matières plus stables telles que le coton, le lin et la soie.


ED Les marchés de l’Art et marché du Vintage vivent des dynamiques, des engouements et des désaffections. Est-ce que les designers qui travaillent aujourd’hui pour une maison peuvent par leur travail ou leur actualité avoir un impact positif ou négatif sur la perception de ses pièces Vintage ?


PB L’analyse est difficile. On pense à l’impact du scandale en 2011 lié à John Galliano pour certains collectionneurs, à l'époque. Mais c’est souvent très complexe et certaines ventes sous-performent ou sur-performent sans que l’on ait vraiment saisi le décalage avec le contexte. Le Time to Market en Vintage est délicat et mériterait une enquête , une débat ou …une autre table ronde !


ED Pensez-vous que l’inclusion des sélections Vintage au sein des collections actuelles va se développer ? Est-ce que la présentation conjointe en boutique de ces propositions nouvelles de silhouettes mêlant Vintage et nouvelles pièces pourrait également devenir plus courante ? 


PB Oui le sujet est majeur. Les grandes maisons ont tout intérêt à se ré-approprier leur second marché. Il s’agit d’un nouveau business, intéressant économiquement mais aussi très prometteur en terme de data. La clef sera de savoir traiter ce Vintage des maisons de Luxe comme un nouveau Luxe, iconographié et documenté pour lui ajouter encore de la valeur. 


MB Des partenariats de nouent entre des sites de ventes et des marques retail. Actuellement , e travaille sur le projet pour une très grande Maison de Luxe d’associer une sélection de pièces vintage qui ne sont pas issues de leur marque à une présentation au sein de leur collection avec des pièces contemporaines. 


Questions des participants - Comment imaginer le Vintage dans 10 ans ?


MB Des phénomènes naissants pourraient se poursuivre comme la valorisation de Rick Owens par exemple. Les pièces de PAP et de couture ne vont pas probablement évoluer de la même manière. La recherche de distinction va se renforcer en opposition à la mode facile et à la fast fashion. La recherche de sens dans les achats et le vestiaire devrait également s’amplifier. Oui, je crois à l’idée subversive que « La mode d’hier est la Mode de demain ».


AS De nouveaux créateurs vont entrer naturellement dans la boucle. Les publications, rétrospectives et expositions vont aussi jouer un rôle dans la reconnaissance de certains créateurs. Voyez le livre récent sur Fédérico Forquet qui a permis à ce créateur Italien d’être connu et apprécié beaucoup plus largement. 

Le Vintage va certainement devenir une nouvelle catégorie du vêtement à coté du PAP et de la Couture.


La perception du Vintage varie selon les cultures. Dans un monde digital internationalisé, pourrions nous voir s’exprimer ces perceptions culturelles différentes des pièces anciennes ?


ED C’est possible. Les différences sont grandes. Typiquement, au Japon, les pièces anciennes, repérées, retravaillées, déteintes ou reteintes sont traditionnellement très valorisées et portées. Leur influence stylistique est forte et ces pièces sont portées dans la rue. Cette question de l’usure fait référence au concept esthétique japonais du sabi (ce que l’on ressent face au travail du temps ou des hommes), de l’unicité du vêtement à cause de son usure et ses altérations (les reprises, les réparations, trous et déchirures etc.. ) qui du coup lui procurent une nouvelle vie stylistique. Ce n’est pas une pratique commune en France par exemple.


Mille Mercis pour votre réflexion collégiale et votre participation à ce rendez-vous de l’IFM Alumni .Avant de conclure avez-vous s’il vous plait un conseil de lecture, un podcast ou une publication  à nous conseiller ?. ..


PB Oui ! Je me suis régalée des podcasts Mode de Laurent Goumarre ( semaine du 24 février 2020) sur France Inter +  Je vous conseille aussi un documentaire autour Helmut Newton toujours en podcast sur France Culture du 9 décembre 1983.


AS Si vous ne l’avez pas lu, je vous conseille  Vestiaire de la Littérature . Livre rafraichissant et étonnant sur le traitement du vêtement par les écrivains.


MB Les grands classiques du Cinéma sont des inspirations infinies. On ne peut pas ne pas s’émouvoir de découvertes à chaque visionnage.


ED Pour ma part je vous adresserai à la Librairie OFR à Paris au Métro Temple ( pour Modes Pratiques ou Open House par ex) 



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